Grossophobie : obèses et victimes de préjugés | Être gros = un risque pour la santé?

Cette semaine, j’ai lu un article de l’Actualité nommé “Il faut changer notre regard sur les gros” et rédigé par  Marie-Hélène Proulx et ça m’a fait réfléchir. C’est le genre de texte qui peut nous entraîner à nous poser des questions sur l’avenir de notre société ainsi que sur nos propres comportements. J’en suis même venue à me demander si j’avais moi-même, par mégarde, agi différemment avec une personne en raison de son poids. Est-ce que j’ai déjà eu des propos déplacés ou désagréables, sans même m’en rendre compte

Malgré être consciente de l’existence de cette problématique et savoir à quel point il est important de ne pas avoir de préjugés en lien avec l’apparence physique. Que ce soit lors d’un choix de partenaires de ballon chasseur dans la cour de récréation ou en tentant de complimenter quelqu’un sur une perte de poids avec des intentions bienveillantes, nous ne sommes pas à l’abri des erreurs de parcours. J’espère par contre aujourd’hui pouvoir semer une graine dans vos têtes de façon à vous permettre d’éviter de tomber dans les pièges qui pourraient se dresser sur votre chemin.

Sur la couverture du magazine l’Actualité, on peut voir la rayonnante Julie Artacho, photographe et ambassadrice du mouvement anti “fat shaming“. Entourée d’autres femmes ayant vécu des situations semblables à la sienne, elle témoigne dans l’article afin de nous permettre de  réaliser à quel point le poids est encore aujourd’hui un facteur entraînant une discrimination dans plusieurs milieux. La situation est lourde et les blessures sont souvent profondes.

Avertissement: il s’agit ici de mon interprétation de la situation en tant que professionnelle de la santé n’ayant pas vécu ce genre de situation. Si vous avez des choses à ajouter à mes propos, laissez-moi un commentaire et ce sera un plaisir d’en discuter avec vous et de prendre votre avis/témoignage en considération.

Obésité : c’est quoi?

L’obésité est encore aujourd’hui diagnostiquée à l’aide de l’indice de masse corporelle (IMC), une mesure calculée en divisant le poids en kilos par la taille en mètre au carré

 Selon l’Organisation mondiale de la santé, un individu serait obèse lorsque son IMC est  égal ou supérieur à 30.

Considérant cette ligne directrice, environ 27% des Québécois sont obèses.

Citation de l’article de l’actualité: « grossophobie ».’Le terme, apparu pour la première fois dans les années 1990, englobe les préjugés et les attitudes hostiles à l’égard des gros, ainsi que les nombreuses iniquités qu’ils subissent, entre autres à l’école, au travail et dans le cabinet du médecin.

Les préjugés

Pour mettre en relief l’importance des préjugés dirigés vers les gens obèses, j’ai recueilli les multiples stéréotypes mentionnés dans l’article. Paresseux, portés sur les burgers, pas en santé, lâches, fainéants, gloutons, dépourvus de maîtrise de soi et incompétents, la liste est longue est clairement basée sur des images propagées dans les médias. Ce serait même plus de 50%  des Canadiens qui croient que les obèses « ne prennent pas leurs responsabilités pour bien manger et faire de l’exercice » et qui considèrent que la situation est « écœurante

Citation de Gabrielle Lisa (blogue Dix Octobre): « Être gros témoigne de l’échec de ta personnalité. Le pire, c’est que tu en viens toi-même à penser que tu es un échec, et que maigrir fera de toi une meilleure personne. »

La discrimination envers les gens obèses est flagrante. Ils ont souvent plus de difficulté à trouver un emploi/stage, à faire des entrevues pour des projets sans se faire juger au premier regard, à être respectés en société, à recevoir le salaire mérité et à avoir un traitement médical adéquat. Selon l’article, les « médecins de première ligne passent en moyenne 28 % moins de temps avec leurs patients obèses ». Ça fait mal.

À ce sujet, je vous suggère fortement de lire l’article de Gabrielle Lisa intitulé  « Être gros chez le médecin ».

Les gens obèses sont les cibles de paroles, violentes, grossières et blessantes (parfois même criées dans les rues!). Parfois, les attaques sont plus subtiles et proviennent de la part de gens plus proches d’eux… et ça ne fait pas moins de dommages, au contraire!

La lecture de l’article m’a poussé à me poser certaines questions auxquelles j’ai répondu assez rapidement:

  • Est-ce que notre corps affecte notre personnalité: non.
  • Est-ce qu’on peut juger du mode de vie et de la santé des gens seulement en regardant leur apparence/poids: non.
  • Est-ce que les gens ‘’minces’’ peuvent aussi souffrir de troubles de santé. Bien-sûr.

Sous les caractéristiques extérieures se cache une toooonne de facteurs importants qui doivent être pris en considération lorsqu’on évalue l’état médical d’un individu. Que ce soit dans le cabinet du médecin, lors d’une entrevue ou même dans des événements sociaux, on ne devrait surtout pas s’arrêter au poids et apprendre à prendre en compte le contexte global de vie des gens avant de se faire une opinion.

Pour ce qui est de l’aspect « santé », sachez qu’on vise avant tout l’atteinte d’un bel équilibre, autant du point de vue physique que mental. 

Les femmes militantes

Je ne pouvais écrire cet article sans vous glisser quelques mots au sujet des femmes qui se battent quotidiennement afin que les gens obèses ne soient pas traités différemment. Voici une liste non exhaustive des pages qui m’ont inspirée:

  • Julie Artacho (@coeurdartacho): photographe, féministe et fat activist
  • Gabrielle Lisa Collard (@gabbebe): créatrice du blogue Dix Octobre (@dixoctobre)
  • Guylaine Guay (@guylou_guay_): humoriste, auteure, conférencière et maman
  • Chrislène (@laremarkable): Créatrice d’un blogue centré sur le selflove, les produits locaux et la mode taille plus + Fondatrice de Montréal Fat babe Squad (@mtlfatbabesquad, traduction libre : le club des belles filles grosses)
  • Debby Lynch White (@debbielunchwhite): Comédienne entre-autre dans les émissions Unité-9 et dans Vrak la vie ainsi que dans le film de la Bolduc (en nomination à l’Adisq pour l’Interprète féminine de l’année)
  • Jessica Prudencio (@jessicaprdc): blogueuse et créatrice de contenu spécialisée dans la mode, la bouffe (@toutedansmesfesses), le voyage, le féminisme et l’acceptation de soi.

Du côté santé, il y a des risques?

Oui, il ne faut pas non plus se cacher que l’obésité est associée avec de multiples comorbidités. Ici, je parle entre autres de diabète de type 2, d’hypertension, de troubles aux articulations et au dos qui peuvent éventuellement raccourcir la qualité et même l’espérance de vie des gens ayant un poids plus élevé

Prendre ça à la lettre et imposer des régimes drastiques aux gens obèses serait par contre à mon avis une grosse erreur. On sait que toute approche stricte, stressante et culpabilisante va entraîner un jour ou l’autre l’apparition de troubles psychologiques et physiques. Les gens obèses qui tentent d’atteindre un poids considéré comme santé vont donc bien souvent avoir l’impression de ramer à contre-courant, une chose très épuisante pouvant transformer leur vie en un vrai calvaire

Gardez en tête que l’important est d’avoir de bonnes habitudes générales: alimentation, activité physique, sommeil, stress, pas de tabagisme, réduction de la d’alcool et d’autres substances pouvant causer des dépendances. La vraie santé intérieure peut seulement être établie grâce à des tests médicaux plus poussés, par exemple grâce à des prises de sang, des collectes urinaires ou des biopsies.

Citation de Jean-Pierre Després, directeur scientifique à l’Université Laval. « le chiffre sur le pèse-personne importe peu. C’est la localisation de la graisse qui compte. » Vous avez donc compris que le vrai danger, c’est le gras viscéral! L’IMC n’est clairement pas un bon indicateur de la composition corporelle et de la répartition graisseuse. Il s’agit d’une mesure peu pertinente qui peut au contraire entraîner des remises en question inutiles, voire dangereuses.

Dans tous les cas, consulter un professionnel de la santé de confiance est la meilleure solution. N’hésitez pas à demander l’avis de vos collègues et amis afin de trouver la/le médecin, la/le nutritionniste, la/le psychologue, la/le kinésiologue (et j’en passe!) qui pourra répondre à VOS besoins.

Les vrais risques de la grossophobie

  • Obsession par rapport à l’apparence qui entraîne peur de sortir en public : se sentir isolé
  • Épisodes dépressifs et d’anxiété sociale: se sentir non respecté par les autres
  • Troubles alimentaires: cycle sans fin des régimes avec de la privation et de l’hyperphagie et de la culpabilité

La vie est trop courte pour la passer à compter nos calories, à stresser à chaque bouchée, à avoir peur de porter les vêtements qui nous plaisent pour ne pas ‘’choquer’’. Si vous pensez que cet article peut promouvoir l’obésité, je vous recommande de lire cette citation provenant une fois de plus de l’article de l’Actualité:  « Je n’ai jamais entendu personne, parmi ceux qui luttent contre la grossophobie, clamer : vive la grosseur, soyons tous gros ! Ni faire l’éloge des mauvaises habitudes de vie. On veut simplement que les gens arrêtent de nous taper sur la tête. On a droit au respect, comme tout le monde.

Maintenant, êtes-vous curieux de savoir si on peut vraiment être génétiquement programmé pour être et rester gros? Si c’est le cas, laissez-moi un petit commentaire et ce sera un plaisir d’en discuter avec vous.

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