L’agriculture: Les dessous de la nutrition et de l’alimentation!

Voici une magnifique discussion avec Marianne L’Agroforestière, une passionnée d’agriculture et de communication qui nous présente plusieurs informations ultra pertinentes au sujet des aliments cultivés localement et des mythes populaires dans le domaine.

À propos de Marianne

Marianne est une passionnée du monde de l’agroalimentaire. C’est par un concours de circonstances qu’elle s’y est retrouvée. Se lancer en affaires comme productrice agricole était loin d’être le plan A, mais l’opportunité de bâtir un modèle d’agriculture différent s’est présentée lorsque son père a acquis des terres forestières. La forêt est un garde-manger grandement sous-estimé et c’est avec créativité qu’elle souhaite en démontrer son potentiel. Elle a choisi également de se spécialiser en tant que vulgarisatrice du monde de l’agroalimentaire.

Suite à un diagnostic de la maladie de Crohn, Marianne est devenue une éponge à information pour tout ce qui concerne le jargon utilisé pour décrire les aliments. Après beaucoup de recherches, elle s’est rendu compte que cette industrie n’est malheureusement pas toujours transparente et qu’elle sait très bien jouer sur les mots. Puisque c’est un vrai moulin à paroles, qu’elle possède une formation solide en agriculture, autant sur le terrain que sur les bancs d’école, et qu’elle adore partager ses connaissances, elle s’est donné comme mission de lutter contre la désinformation de plus en plus présente.

Mise à part l’agriculture et tout ce qui l’entoure, Marianne est une grande sportive dans l’âme et elle adore la lecture. Les activités de plein air accompagnées de son chien font partie de son quotidien. La présence de beaucoup d’animaux sauvages dans son milieu de vie l’a également poussé à apprendre à faire de la photographie animalière.

Aussi, apprendre fait partie de son ADN . Elle souhaite résumer et simplifier l’information pour ensuite en faire profiter les autres.

Le podcast sur l’agriculture

Voici certains points abordés à travers la discussion:

Clique sur l’un des liens ci-dessous pour écouter cet épisode de podcast sur la plateforme de ton choix:

L’agroforesterie

Qu’est-ce que l’agroforesterie plus exactement?

La définition officielle c’est d’intégrer les arbres à différentes cultures ou types d’élevage. J’ai décidé de pousser le concept un peu plus loin en profitant des ressources d’une forêt entière pour bâtir mon modèle d’entreprise.

Si je prends l’exemple d’un érable:

  • La samare (graine de l’érable) permet la production d’un arbre.
  • L’arbre en croissance capte plus de CO2 qu’un arbre mature.
  • Pendant sa croissance, l’arbre produit nectar et pollen (d’ailleurs le plus protéiné au monde) pour mes abeilles qui vont produire du miel.
  • Une fois l’arbre mature, il sera utilisé pour produire du sirop d’érable.
  • Si l’arbre a poussé à un mauvais endroit ou tombe malade, il sera coupé pour servir de substrat pour notre production de shiitakes.
  • Après sa vie utile pour produire des champignons, il servira comme bois de chauffage.

Comment fonctionnent les études en agroforesterie?

Ce n’est pas un domaine d’étude à proprement parler, c’est vraiment plus une méthode alternative d’agriculture. Mais pour faire de l’agriculture, il faut des connaissances et il existe plusieurs programmes techniques offerts par les Instituts de technologie agricole, l’université McGill et l’université Laval. L’image que c’est le « pas bon » de la famille qui reprend la ferme est vraiment plus que fausse aujourd’hui! Être agriculteur, c’est être entrepreneur donc porter tous les chapeaux qui viennent avec ce mot.

As-tu des ressources sur l’agriculture?

Je vais prêcher pour ma paroisse en invitant les gens à me suivre sur mes réseaux sociaux (Facebook et Instagram)!

Sinon, il y a de plus en plus de livres sur le sujet disponibles. Une des meilleures sources d’information est le Centre de Référence en Agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ). Plusieurs livres et documents intéressants y sont disponibles.


Croyances populaires en agriculture

Quel est le mythe populaire dans ton domaine d’expertise qui te fait le plus grincer des dents?

Acheter local c’est cher!

En ce moment, il existe une grande dissonance cognitive dans la société! Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec ce concept, la dissonance cognitive est un phénomène psychologique où il y a un conflit entre les valeurs et les comportements.

Acheter local est de plus en plus populaire. Toutefois, mais on se plaint que c’est cher. On a ainsi parfois de la difficulté à accepter le prix pour l’achat d’un aliment (besoins primaires physiologiques dans la pyramide de Maslow), mais on n’a aucune difficulté à payer des centaines de dollars par année pour un gros forfait de téléphone… (très loin dans la même pyramide!)

Ce qu’on ne réalise pas toujours, c’est que chaque choix alimentaire a un impact social, environnemental et économique.

  1. Acheter local au niveau économique ça peut sembler désavantageux sur le coup. Toutefois, c’est en fait un investissement dans sa propre communauté, donc impact social. Je n’ai jamais vu Costco commandité qui que ce soit pour quoi que ce soit. De l’autre côté, je connais des producteurs qui commanditent des équipes de soccer, des événements divers. Bref, les producteurs locaux contribuent à la communauté beaucoup plus que n’importe quelle multinationale.
  2. Acheter local au niveau social, c’est aussi encouragé une main-d’œuvre bien traitée, pour le bien payé… on a encore du chemin à faire… Si tu vas en agriculture comme but de te mettre riche, ce n’est pas une bonne idée. Je t’annonce que le contenu de mon portefeuille en ferait pleurer plus d’un…
  3. Acheter local c’est également une garantie de qualité et intégrité. On se vend nous, on vend notre réputation. La différence c’est que le miel que je produis et ceux des autres producteurs québécois c’est qu’ils ont beaucoup plus de chance d’avoir été faits par des abeilles que celui du Costco par exemple.

Fraude alimentaire en agriculture

Il existe beaucoup de fraudes alimentaires dans le domaine. Par exemple, le produit pourrait être dilué un produit pour en augmenter son volume et réduire les coûts de production. Pour le miel, on peut ajouter des sirops de manière à déjouer les machines servant à l’inspection. Les plus populaires sont le sirop de canne, le sirop de maïs ou depuis plus récemment, du sirop de riz

On peut aussi utiliser un procédé de filtration pour enlever toute trace de pollen. Ceci empêche l’identification de la provenance du miel. La Chine utilise beaucoup ce type de fraude. Pour y arriver, elle fait appel à un troisième parti pour les exportations (ex : Thaïlande, Malaisie, Taïwan, Indonésie). Ceci donne l’impression aux consommateurs que le produit provient de ces régions et non de la Chine.


Des vaches qui mangent de l’huile de palme?

Disclaimer: Je ne me considère pas comme une spécialiste de la nutrition de la vache laitière. Ce n’est pas mon rôle de déterminer si c’est une bonne pratique ou non. Des gens beaucoup plus compétents que moi se penchent sur la question… Par contre, je suis en mesure de transmettre les faits tels quels sont.

Tout d’abord, je tiens à prendre un instant pour mettre au clair l’expression « butter gate ». Selon les médias, il s’agit en quelques mots de l’utilisation d’acide palmitique, un sous-produit de l’huile de palme augmenterait la quantité d’acide palmitique et rendrait le beurre plus dur. Par contre, ça ne reflète pas la réalité agricole et ça peut induire les gens en erreur.

Oui, l’acide palmitique qui est utilisé pour aider les vaches laitières à combler leurs besoins énergétiques en début de lactation parce que parfois, les fourrages ne sont pas d’assez bonne qualité. Les débuts de lactation demandent beaucoup d’énergie à l’animal. L’acide palmitique est un sous-produit de l’huile de palme provenant de la consommation humaine qui est revalorisé de cette façon. Il s’agit en d’autres mots d’une supplémentation réalisée à l’alimentation des vaches. Cecu est réalisé à partir d’un ingrédient qui serait autrement jeté aux poubelles.

C’est faux de dire qu’on retrouve de l’huile de palme directement dans le lait. Tu peux essayer de faire le mélange d’huile et de lait, ça ne donne pas quelque chose de très discret… D’ailleurs, la vache produit naturellement de l’acide palmitique. Les cellules épithéliales du pis en produisent et celui-ci se retrouvera dans le lait.

Désinformation et recherche de solutions

Plusieurs projets de recherche sont présentement en cours afin de trouver des solutions qui permettront aux producteurs laitiers de remplacer de l’acide palmitique par une autre source de matière grasse. La graine de coton est l’une des sources principale qui semble avoir été retenue de manière générale.

Malheureusement, la désinformation est de plus en plus présente. Il y a une déconnection avec l’agriculture avant chaque famille avait un agriculteur dans la famille. Certains médias contribuent à la désinformation en partageant des textes et images erronées. Par exemple, dans un article du Journal Montréal publié le 16 février 2021 et nommé « Profiter de la vache à lait », l’image est une race de vache élevée pour la viande… Ça part mal dans ce temps-là!

En tant que société, on a choisi de déléguer la tâche de nourrir 99% de la population à 1% de la population. Ceci a contribué à créer une déconnexion entre les consommateurs et les agriculteurs. En plus, ça entraine l’augmentation du nombre d’intermédiaires dans la chaîne d’approvisionnement.

Les mots qui donnent des maux de tête…

Une des stratégies utilisées dans le marketing de l’agroalimentaire est de surcharger les consommateurs d’informations et de types de logos pour les empêcher de voir clair. On brouille les pistes. Ici je parle surtout des stratégies utilisées par les 10 géants qui contrôlent tous les produits transformés. S’il s’agit d’un sujet qui t’intéresse, je t’invite à consulter Behind the brands par Oxfam

Un autre avantage d’acheter local se situe dans l’augmentation de la transparence des entreprises vis-à-vis de leurs produits.

Biologique

Disclaimer: Je ne suis pas contre la production biologique, au contraire, je me dirige moi-même dans cette direction.

La définition officielle selon le conseil des appellations réservées et des termes valorisants (définition au Québec endossée par le MAPAQ) est la suivante : « L’agriculture biologique soutient de manière durable la santé des sols et des écosystèmes ». Ça ne veut pas dire grand-chose de concret au final, mais ça peut malheureusement devenir un outil marketing très puissant …

Je suis contre le fait que les entreprises puissent utiliser ce mot à toutes les sauces. Mon objectif ici est donc seulement de t’informer que ce n’est pas une panacée. Si on se penche sur le terme « biocarburants » par exemple, tu pourras noter qu’on joue clairement sur le double sens du mot biologique. Celui-ci désigne « ce qui provient du vivant », mais qui donne aussi la fausse impression qu’il s’agit de produits de l’agriculture biologique.

Il existe une multitude de définitions, donc les étiquettes « bio » ne s’équivalent pas nécessairement. Par exemple les vins bio européens ne sont pas considérés bio par les États-Unis. Ainsi, dans le cahier de charge européens, les sulfites sont permis alors que c’est interdit aux États-Unis. Ceux-ci sont utilisés pour rendre le vin plus résistant aux altérations causées par l’air.

Chaque production dans chaque pays possède un cahier de charges indiquant les critères pour pouvoir se dire biologique.

 De manière générale cela veut dire de manière non exclusive:

  • Respect des écosystèmes et préservation des espaces naturels
  • Maintien de la biodiversité et de la fertilité des sols
  • Pas d’utilisation de produits chimiques de synthèse
  • Respect du bien-être animal
  • Gestion responsable des ressources

Attention: biologique ne veut pas dire écologique, éthique ou autre…

Des aliments bio dans des emballages de plastiques c’est souvent vu… Par exemple, de la salade bio emballée dans du film composite 3 épaisseurs c’est du déjà vu. Du plastique pour la résistance au gaz, du papier pour l’esthétique et un revêtement pour rendre le papier hydrofuge. Tout ça rend l’emballage non recyclable… Est-ce que c’est réellement meilleur pour la planète? J’en doute!

La « mer de plastique »

En Espagne, il existe un lieu nommé la « mer de plastique ». En quelques mots, il s’agit de 33 000 hectares (1ha =10 000 m carré) de serre faites de bâches de plastique où sont cultivés des légumes bio. Cependant, la main-d’œuvre y est souvent illégale et sous-payée… On utilise également des quantités massives d’eau. Cette culture de masse aurait vidé les sources sous-terraines locales en pompant l’eau à 800m. Environ 75% du volume produit est exporté à travers le monde. Une quantité impressionnante de carburant et de déchets sont donc produits par cette production « bio ».

On observe des phénomènes semblables un peu partout dans le monde. Les grandes exploitations de monocultures quoique biologiques sont des désastres écologiques. Je parle ici entre autres des amandes en Californie, des oliviers et des légumes en Espagne ou des céréales de l’Europe de l’Est. La déforestation nécessaire pour planter ces aliments contribue diminuer drastiquement la biodiversité.

Par contre, quand on achète local et que le producteur te regarde dans les yeux et te dit que son produit est bio, tu as probablement quelque chose de qualité et d’éthique entre les mains.

Canada no1: sur le miel

C’est une référence au grade qui n’a rien à voir avec la provenance. Un miel provenant de Chine pourrait être classé Canada no1 parce qu’il correspond aux critères de texture, de goût et autres de ce grade… Le consommateur ne lit pas nécessairement l’étiquette au complet. Au final, il croit donc qu’il achète local, alors que ce n’est pas le cas…

Naturel

La définition est : « issu de la nature, qui n’est pas issue du travail de l’homme… ». Si on prend la définition au pied de la lettre, aucun produit alimentaire sur les tablettes ne pourrait être considéré naturel puisqu’ils proviennent du travail de l’homme.

Techniquement, des campagnes, il ne reste plus grand-chose que naturel à proprement parler.

En outre, ce qui me dérange, c’est que c’est un mot qu’on utilise aussi à toutes les sauces. On le met partout sans prendre la peine de clairement définir ce que c’est exactement. Cueillir un champignon sauvage directement dans le bois, ça c’est naturel, en acheter des « naturels » à l’épicerie, ça ne l’est pas vraiment au final.

Le consommateur est attiré par le mot naturel et les industriels le savent et ils en profitent…

Si on prend par exemple, le sulfate de cuivre présent dans la nature est utilisé en agriculture bio comme pesticide. Est-ce qu’on peut réellement qualifier ça de naturel?

OGM

Disclaimer: Ce n’est pas parce que j’explique ce que sont les OGM que je suis pour leur utilisation. Il y a ÉNORMÉMENT de zones grises par rapport à ce sujet-là… Les OGM peuvent être des solutions, mais contribuent parfois à d’autres problèmes… Mon objectif est d’expliquer ce que c’est et à quoi ça sert.

Qu’est-ce qu’une plante OGM. C’est une plante dont on a ajouté un ou de gènes pour donner des caractéristiques nouvelles, exemple la résistance à certaines maladies. Ça peut être aussi une plante dont on a bloqué l’action de gène pour empêcher l’action de certains gènes, exemple la production de certaines protéines allergènes.

Voici quelques exemples de raisons expliquant les modifications génétiques actuellement réalisées:

  • Plus fort face aux insectes (Maïs-grain, maïs sucré, pomme de terre, tomate, coton)
  • Résistance aux herbicides (round-up) (Maïs-grain, maïs sucré, soya, lin, canola, coton, betterave sucrière, luzerne, riz)
  • Moins sujet aux virus (courge, papaye, pomme de terre)
  • Retarder le mûrissement (tomate)
  • Changer la composition de l’huile (Canola et soya)
  • Changer la composition nutritionnelle (Maïs)
  • Contrôle du pollen (MaÏs et Canola)
  • Optimisation pour les biocarburants (maïs)
  • Résistance au brunissement enzymatique (pomme de terre et pomme)
  • Tolérance à la sécheresse (maïs)

* Ci-haut en gras = cultivés au Canada

Actuellement, il y a 13 plantes qui sont approuvées pour la commercialisation au Canada.

Ce que je déplore, c’est le fait de dire quelque chose pour mousser son marketing… Beaucoup de produits mettent la mention sans OGM alors qu’ils ne contiennent aucun ingrédient pouvant exister en tant qu’OGM.

C’est comme mettre sur un sac de chips « gluten » alors que le gluten provient des produits céréaliers (blé, orge, seigle…). Aux dernières nouvelles, des chips classiques, c’est fabriqué à partir de patates!

Références

Réseaux sociaux de Marianne, L’Agroforestière

Livres suggérés

Autres ressources

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